Le tennis se prend les pieds dans le filet de la justice
Décidément, il n’y a pas de petits profits, ou tout du moins supposés comme tels, au sein des fédérations sportives dans notre pays. La Fédération française de tennis (FFT), après celles du foot et du rugby, est dans le collimateur de la justice. Après une plainte déposée contre X, le 16 mars, par sept cadres ou anciens dirigeants de la FFT auprès du Parquet national financier (PNF) pour « détournement de biens publics » et « corruption », c’est au tour d’Anticor, l’association anticorruption, de faire un signalement auprès du parquet sur des supposées fraudes au sein de cette instance.
Dans le collimateur : un système de revente illégale de billets de Roland-Garros qui aurait été mis sur pied par Gilles Moretton (président de la FFT) et Hughes Cavallin – ex-directeur de cabinet de ce dernier. « Nous avons choisi de mentionner la corruption dans son signalement afin d’alerter le parquet sur une situation sur laquelle il est nécessaire d’enquêter, sans toutefois retenir cette qualification pénale comme fondement de son signalement. En effet, la corruption nécessite la démonstration d’un pacte de corruption, qui n’est que soupçonné mais pas démontré dans ce dossier », a ainsi expliqué, au quotidien sportif l’Équipe, Élise Van Beneden, présidente d’Anticor.
Si, jusqu’en septembre 2017, la vente des places pour le tournoi du Grand Chelem était gérée par les ligues régionales et la FFT, depuis cette date, suite à une décision du comité exécutif de la FFT – le Comex –, seule cette dernière peut y procéder. La vente par une personne physique ou morale autre que la FFT devenant illicite. Certes, les ligues peuvent encore acquérir les précieux sésames, mais seulement dans le cadre de leurs relations publiques, mais sans toutefois en faire le commerce.
Une procédure d’audit enterrée à l’unanimité
Or, sur les 18 ligues, deux d’entre elles n’ont pas vraiment joué le jeu, la ligue Auvergne-RhôNe-Alpes (dirigée à l’époque par Gilles Moretton) et le comité de Paris (présidé par Hughes Cavallin). Grâce à la ligue dirigée par Gilles Moretton, la société d’intérim Adéquat, contre 50 000 euros, aurait ainsi hérité de 80 places « VIP Gold » sur dix jours pour Roland-Garros, avec accès au restaurant, et 12 places pour le tournoi ATP de Lyon d’une valeur de 88 720 euros. Quant au comité de Paris, il aurait vendu 40 billets à l’agence événementielle AS Events pour 5 370 euros, dont la dirigeante n’était autre que la compagne de M. Hughes Cavallin.
En 2020, en pleine élection à la présidence de la FFT, Bernard Giudicelli, candidat à sa succession, qui a pour adversaire Gilles Moretton, saisit la commission des litiges de la FFT pour l’alerter sur ces deux cas. Dans le même temps, Hughes Cavallin, pourtant fidèle du président sortant, se retire de sa liste de soutiens et quitte même son poste de trésorier de la fédération. Cette défection de dernière minute entraîne la chute de Bernard Giudicelli et la victoire surprise, le 13 février 2021, de l’ancien joueur de Coupe Davis Gilles Moretton. Cinq jours plus tard, bizarrement, le nouveau comité exécutif auquel participe l’actuelle ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, en tant que directrice générale de la FFT enterre à l’unanimité la procédure d’audit. Pour les sept plaignants, c’en est trop. Le revirement de M. Cavallin (devenu ensuite directeur de cabinet de Moretton jusqu’en mai 2022) a tout d’un « pacte corruptif ». Pour eux, ce ralliement de dernière minute pourrait avoir été négocié en échange de l’abandon d’éventuelles poursuites.
Fin de l’histoire ? Non. Depuis l’arrivée de Gilles Moretton à la tête de la fédération, rien ne va plus. L’ambiance au sein de l’instance est délétère au point que, selon RMC Sport, pas moins de 130 personnes sur plus de 400 salariés auraient quitté le navire. Largesses budgétaires, « missions généreusement accordées » auraient mis le feu aux poudres. Cette nouvelle affaire que Gilles Moretton qualifie de « boules puantes » pourrait avoir de nombreuses répercussions. Notamment la mise en cause de la ministre des Sports, qui, à l’époque en tant que DG de la FFT, faisait partie de ceux ayant voté l’enterrement de l’audit. Gênant !


Post Comment